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March 24, 2026

Le "3 minutes" - Mars 2026

Le 3 minutes Treeefle CGP Lille

Lettre d'information – Printemps 2026

Ce que le monde change pour votre patrimoine — et ce que nous allons faire ensemble

Chers clients,

Voilà bientôt quatre semaines que la guerre a éclaté. Le 28 février, les frappes américano-israéliennes contre l'Iran ont déclenché un enchaînement que les marchés n'avaient pas anticipé à cette vitesse ni à cette ampleur. Depuis, la situation ne s'est pas apaisée : le détroit d'Ormuz reste quasi-paralysé, le baril de Brent a culminé à 119 dollars et oscille aujourd'hui autour de 102 dollars, et la BCE a dû revoir ses projections à la hausse en urgence lors de sa réunion du 19 mars.

Ce n'est plus le moment de parler de scénario "conflit limité". Nous sommes dans un conflit qui dure, avec des conséquences économiques réelles et croissantes. Cette lettre vous dit ce que ça change concrètement pour vous.

1. Ce qui s'est passé — les faits

Le choc énergétique est là, et il dure

L'opération militaire baptisée "Epic Fury" vise explicitement un changement de régime à Téhéran — c'est une rupture avec les interventions ciblées de l'été 2025. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20% du pétrole mondial et 25% du gaz naturel liquéfié, est de facto fermé à la navigation commerciale. Pas par blocus physique total, mais parce que les primes d'assurance sont devenues prohibitives et que les grands armateurs ont suspendu leurs passages.

Résultat : le Brent, qui oscillait autour de 72 dollars avant le début du conflit, a bondi de près de 65% en trois semaines. Le pic à 119 dollars a depuis légèrement reflué, mais les deux références pétrolières mondiales oscillent désormais autour de niveaux qu'elles n'avaient pas connus depuis le début de l'année 2022. Trois conditions sont requises pour faire descendre les prix durablement : rouvrir complètement le détroit, garantir la sécurité des pétroliers, et relancer la production dans les pays du Golfe. Réunir ces trois conditions prendra du temps — quel que soit le dénouement militaire.

Les prix à la pompe en France ont déjà franchi les 2 euros le litre. Les factures d'énergie vont suivre.

Les marchés ont corrigé — pas paniquer, mais corriger

Contrairement à ce que certaines premières analyses laissaient espérer, les indices européens et asiatiques enregistrent des baisses de -5% et -7% respectivement depuis le début du conflit, les régions les plus exposées en raison de leur forte dépendance énergétique. Les actions américaines ne baissent que de -2%, les États-Unis étant exportateurs nets d'hydrocarbures.

D'un point de vue sectoriel, les valeurs les plus sensibles au cycle économique — consommation, construction, chimie, financières — ont été les plus touchées, tandis que les valeurs technologiques, télécoms et utilities baissaient plus modérément. TotalEnergies, en revanche, a atteint un plus haut historique.

Les marchés obligataires sont également en territoire négatif : les taux à 10 ans allemands et américains ont progressé d'environ trente à cinquante points de base en réaction aux effets inflationnistes.

La BCE sur la défensive

Le 19 mars, la BCE a maintenu ses taux directeurs à leur niveau actuel — 2% — mais a averti que la guerre en Iran assombrissait les perspectives de croissance et d'inflation dans la zone euro. Ses nouvelles projections sont sévères : inflation attendue à 2,6% en 2026, avec une croissance économique qui s'établirait à 0,9%. Dans le scénario le plus pessimiste, si les cours du pétrole atteignent 150 dollars le baril, l'inflation globale pourrait atteindre 4,4% cette année et 4,8% l'année prochaine.

Les marchés ont commencé à anticiper une hausse des taux de la BCE plutôt qu'une baisse en 2026. Ce renversement d'anticipation est important : il y a trois mois, tout le monde attendait des baisses. Ce n'est plus le cas.

2. Ce que ça change selon votre situation

Vous êtes chef d'entreprise ou travailleur non-salarié

Le contexte vous touche sur deux fronts simultanément.

Votre activité. Si vos coûts sont liés à l'énergie, aux transports ou aux matières premières, vous êtes déjà sous pression. La question n'est pas seulement de subir la hausse des charges — c'est d'anticiper combien de temps elle dure et ce qu'elle implique sur votre capacité d'investissement, votre besoin en fonds de roulement, et si vous avez un projet de cession en cours, sur la valorisation de votre entreprise. Un acquéreur potentiel va intégrer ce contexte dans ses modèles.

Votre trésorerie et votre épargne. La remontée des taux crée une opportunité réelle pour vos excédents de trésorerie : les fonds monétaires et les fonds euros, longtemps à l'abandon, retrouvent de l'intérêt. C'est un changement structurel par rapport aux deux dernières années.

Le PLF 2026 maintient les baisses d'impôts de production et renforce les dispositifs d'investissement dans les PME et la transition énergétique. Dans un contexte de hausse des coûts, c'est précisément le moment d'examiner si votre structure fiscale — IS, PER, holding — est optimisée.

Concrètement, la LF 2026 apporte plusieurs ajustements utiles :

  • IS PME : le plafond du taux réduit à 15% est relevé de 42 500 € à 100 000 € de bénéfices — jusqu'à 5 750 € d'économie fiscale supplémentaire par an
  • CVAE : taux maintenu à 0,28% en 2026 — suppression totale programmée pour 2030, avec réduction progressive (0,19% en 2028, 0,09% en 2029)
  • IR-PME / JEI : dispositif Madelin renforcé pour le financement des jeunes entreprises innovantes, taux de réduction porté à 30%
  • PER TNS : plafond de déduction maintenu à 10% des revenus nets professionnels, plafonné à 88 911 € — levier encore largement sous-utilisé
  • PER après 70 ans : les versements perdent leur déductibilité depuis le 1er janvier 2026 — si vous avez passé cet âge, les règles du jeu ont changé
  • CSG revenus du capital : hausse de 9,2% à 10,6%, qui impacte dividendes et rachats sur PER

La question à vous poser : votre patrimoine professionnel et personnel sont-ils bien séparés et structurés pour traverser une période prolongée de coûts élevés ? Et si vous avez un projet de transmission ou de cession, est-il calibré dans un environnement où les valorisations vont être sous pression ?

Vous êtes retraité

Pour vous, ce contexte joue sur trois niveaux : le pouvoir d'achat de votre épargne, la fiscalité de votre patrimoine, et la transmission.

Votre épargne face à l'inflation. Le Livret A est tombé à 1,5% au 1er février 2026, après des mois de baisse continue. Or l'inflation repart à la hausse — la BCE la projette à 2,6% pour l'année. Concrètement, si votre épargne repose principalement sur des supports sécurisés (livrets, fonds euros), elle perd du terrain en termes réels. Ce n'est pas une catastrophe en soi, mais c'est un appauvrissement silencieux qu'il faut contrebalancer. Tout dépendra de la durée et de l'issue du conflit, qui auront un impact direct sur l'inflation mondiale et les marchés financiers — mais d'ores et déjà, une révision de votre allocation s'impose.

Vos unités de compte et votre assurance-vie. Certains épargnants constituent leur assurance-vie via des unités de compte, c'est-à-dire des actifs financiers soumis à risque. Depuis le début du conflit, la plupart des principaux indices boursiers mondiaux ont enregistré des baisses notables, en particulier en Europe et en Asie. Si vous avez une poche en unités de compte, son niveau actuel mérite d'être regardé attentivement — pas pour paniquer, mais pour vérifier que l'exposition est cohérente avec votre horizon et votre tolérance au risque.

Le PLF 2026 et votre immobilier locatif. Si vous avez un ou plusieurs biens en location meublée non professionnelle (LMNP), les ajustements du PLF sur ce régime méritent attention. Des arbitrages pourraient être à envisager avant la fin de l'année, selon votre situation : changement de régime fiscal, révision du montage, ou vente dans un marché qui va lui aussi ressentir la pression des taux.

Ce que la LF 2026 change concrètement pour vous :

  • Assurance-vie : fiscalité inchangée — abattement de 152 500 € par bénéficiaire (versements avant 70 ans) et PFU à 30% sur rachats maintenus ; l'assurance-vie échappe à la hausse de CSG
  • PER après 70 ans : tout versement effectué après vos 70 ans perd sa déductibilité fiscale depuis le 1er janvier 2026
  • LMNP : l'amortissement est préservé dans la loi finale — mais depuis février 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente ; si vous envisagez de vendre, la simulation de sortie a changé
  • Successions et donations : aucune modification des abattements dans le texte final — les 100 000 € par enfant tous les 15 ans restent en place ; les débats parlementaires n'ont pas abouti, mais ils reviendront

La transmission. Le cadre successoral reste inchangé pour l'instant. Mais les débats parlementaires autour de la fiscalité successorale se poursuivent, et un contexte de dépenses publiques en hausse (défense, soutien à l'énergie) n'est pas de nature à les clore. Vérifier que vos dispositifs actuels — assurance-vie, donations, démembrement — sont bien calibrés est une précaution raisonnable.

La question à vous poser : votre épargne vous permet-elle de maintenir votre niveau de vie sans entamer le capital dans un contexte d'inflation à 2,6% ou plus ? Et vos projets de transmission sont-ils structurés de façon à ne pas être pris de court ?

3. Comment nous positionnons les portefeuilles

Ce que personne ne dit à voix haute : où est passée toute cette monnaie créée ?

En vingt ans, la masse monétaire mondiale a été multipliée par près de 4 — de 37 000 milliards de dollars en 2005 à 144 000 milliards fin 2025. En 2020 seul, près de 20% de tous les dollars en circulation ont été créés en une seule année. Depuis le Covid, la quantité de monnaie mondiale a augmenté de 44% en cinq ans — sans que la production réelle de biens et services ait suivi le même rythme.

Cette monnaie ne disparaît pas. Elle se loge quelque part : dans les prix de l'immobilier, dans les valorisations boursières, dans l'or, dans les actifs rares. Ce que beaucoup d'épargnants interprètent comme une "hausse" de leurs actifs est en partie une illusion — c'est le thermomètre qui se dilate, pas la richesse réelle qui augmente. Dit autrement : si votre patrimoine n'a pas progressé au même rythme que la création monétaire sur la période, vous avez structurellement perdu du pouvoir d'achat sans le voir.

C'est pourquoi nous insistons sur un principe simple : un patrimoine qui dort en euros cash s'appauvrit silencieusement. Dans un contexte où la création monétaire repart — et où un retour du quantitative easing reste possible si la récession s'installe — la question n'est pas "est-ce que mon épargne est sûre ?", mais "est-ce qu'elle résiste à la dilution ?"

Voici les orientations que nous avons prises ou affinées depuis le début du conflit.

Premièrement, nous ne cédons pas sur les placements à capital garanti. Certains affichent temporairement des valeurs en recul du fait de la remontée des taux — c'est mécanique et provisoire. Nous les conservons, parce qu'ils remplissent leur rôle de protection sur la durée.

Nous profitons du contexte pour renforcer l'or et les métaux précieux. Ce sont des actifs qui jouent leur rôle en période d'incertitude et de risque inflationniste — et la période actuelle leur est favorable.

Nous maintenons une exposition sur les secteurs qui bénéficient structurellement de la situation : énergie, défense, sécurité. Ce ne sont pas des paris spéculatifs — c'est le reflet d'une réalité économique durable tant que le conflit persiste.

Enfin, nous veillons à ce que vos liquidités ne dorment pas. Dans un contexte de taux remontants, laisser de l'argent inactif sur un compte courant, c'est accepter de perdre du pouvoir d'achat chaque mois. Nous orientons ces réserves vers des supports qui rémunèrent sans immobiliser.

Ce que nous surveillons en priorité

Le facteur déterminant reste la durée du conflit. Trois scénarios sont sur la table : une capitulation rapide du régime iranien avec normalisation des flux, un conflit long avec des dégâts limités aux infrastructures, ou un conflit lourd de plus de trois mois avec destructions significatives des capacités de production. Ce dernier scénario est le plus pénalisant pour les économies européennes, et nous gérons les portefeuilles en conséquence — sans pour autant adopter une posture défensive extrême qui pénaliserait le rendement à long terme.

Nous surveillons également de près les décisions de la BCE sur ses taux directeurs. Un risque de fond mérite d'être nommé : celui d'un retour du quantitative easing. Entre 2015 et 2018, face à une inflation quasi-nulle et une croissance atone, Mario Draghi avait lancé un programme de rachats d'actifs massifs — jusqu'à 80 milliards d'euros par mois — pour injecter de la liquidité dans le système et faire baisser les taux longs. Cela avait fonctionné, au prix d'un bilan de banque centrale gonflé à l'extrême et d'une décennie de taux à zéro. Aujourd'hui, la situation est inverse : la BCE fait face à un choc inflationniste, pas déflationniste. Elle ne peut pas, en théorie, relancer le QE sans aggraver la hausse des prix.

Mais si le conflit s'enlise et provoque une récession sévère, la pression pour réactiver ces outils sera forte. Ce serait la définition de la stagflation : croissance en recul, inflation persistante, banque centrale prise en étau. Nous l'intégrons dans notre lecture : dans ce scénario, les actifs réels — or, immobilier de qualité, actifs tangibles — restent les mieux positionnés.

Pour finir — une remarque sur l'information économique

Les grands médias généralistes font ce qu'ils savent faire : capter l'attention. En période de crise, cela se traduit souvent par des titres alarmistes le matin et des messages rassurants le soir, sans que la ligne éditoriale ne soit guidée par une véritable analyse financière. Ce n'est pas un reproche — c'est simplement leur métier, qui n'est pas le nôtre.

Si vous souhaitez accéder à une information économique et financière fiable, sourcée et utile à vos décisions patrimoniales, nous pouvons vous orienter vers les supports que nous lisons nous-mêmes. N'hésitez pas à nous en parler lors de notre prochain échange.